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La motivation: de quoi parle-t-on?
Runvideoworld.com
6 janvier 2018

De quoi parle-t-on vraiment lorsque l’on évoque le terme « motivation » ? C’est un terme que l’on emploi fréquemment, dans différents domaines et situations mais est-on tous d’accord sur sa signification ? Entre le « celui-là n’est pas motivé, il n’arrivera à rien », le « je viens de terminer cette course, je suis plus motivé que jamais » ou encore « dans un mois, je suis motivé, je vais courir mon premier marathon, je commence à m’entrainer ». Il y a là déjà tout un monde dans ces différents exemples, c’est ce que nous allons voir par la suite.

Un travail d’intégration des savoirs

Pour pouvoir mieux identifier de quoi on parle vraiment quand on parle de motivation, je me suis intéressé à différentes lectures et travaux. L’un d’eux a particulièrement retenu mon attention : ce sont les travaux répertoriés par M. Fabien Fenouillet, professeur de psychologie cognitive, sur une conception intégrative de la motivation.

Fenouillet a réalisé l’intégration d’une centaine de conceptions théoriques en lien avec la motivation au cours de ces dernières décennies. Ce travail qui lui a pris plusieurs années, lui a permis de faire émerger des ensembles conceptuels dans lesquels toutes les théories de la motivation peuvent se retrouver. Il a construit des ponts entre chacune et travailler avec les points communs et les différences de ces théories.

Son travail est très impressionnant mais il vaut la peine de s’y intéresser car il permet vraiment de comprendre et d’assimiler ce dont on parle vraiment lorsque l’on parle de motivation. Et pour ce site, il me semble essentiel d’avoir un support théorique à mes différentes publications.

Je vais donc essayer de résumer son modèle en mettant des liens vers les théories et concepts en lien pour ceux qui veulent approfondir le sujet. Pour ceux qui préfèrent les vidéos, je vous mets en bas de la page la vidéo de l’une des conférences qu’il a pu donner pour exposer son modèle. Il donne beaucoup d’exemples concrets et d’expériences dans celle-ci, je vous invite à la visionner ou à l’écouter.

Modèle intégratif de la motivation

Vous allez pouvoir retrouver ci-après le schéma de ce modèle. Celui-ci fait apparaître 7 ensembles conceptuels qui seraient les principaux constituants de la motivation : les motifs primaires, les motifs secondaires, la prédiction, la décision/le choix, la stratégie, le comportement et le résultat.

Modèle intégratif de la motivation

Motif primaire : rattaché aux concepts d’instinct, de besoin physiologique et de besoin psychologique. Ils répondent à la question : « Pourquoi agissons-nous ? ». Ces motifs sont généralement non conscients. On peut par exemple citer : les besoins physiologiques (en lien avec la notion de carence : boire, manger…), les besoins psychologiques : le besoin de sécurité, le besoin d’appartenance, de reconnaissance… De nombreuses théories font le lien entre motivation et satisfaction des besoins psychologiques. En entrainement, il faudra prendre conscience que les besoins sont spécifiques à chaque individu et qu’ils représentent un premier moteur dans le processus motivationnel tel que décrit ici.

Pour aller plus loin :

Liste des besoins de Maslow

Besoin et incitation d’Atkinson

 

Motif secondaire : rattaché aux concepts de drive, de valeurs, de buts… Ils répondent aussi à la question : « Pourquoi agissons-nous ? ». Ceux-ci sont plus accessibles et donc de l’ordre du conscient. Ces motifs sont ceux dont on entend le plus parler dans les articles en lien avec la motivation de courir: les valeurs de réussite, d’hédonisme, de dépassement de soi, de fixation d’objectifs. Ce sont les raisons qui sont invoqués pour expliquer le plus directement possibles la motivation de nos comportements.

Les buts et la fixation d’objectifs qui ont un impact sur nos émotions et nos comportements futurs. Ils sont une représentation cognitive d’un état final que l’on veut atteindre. Leurs contenus et les informations qui y sont rattachées vont influencer notre motivation.

La notion d’intérêt et de plaisir rattaché au questionnement sur nos motivations intrinsèques qui nous poussent à faire quelque chose et donc à courir pour nous les runners.

La notion d’estime de soi qui est liée à la perception de compétence qui sera en lien avec l’effort investi. Si l’on ne se sent pas capable de réussir quelque chose, on ne le fait pas. Par contre, on aime bien s’engager dans quelque chose si on se sent compétent pour le faire.

Le drive est en quelque sorte l’énergie qui découle de nos besoins primaires et qui a pour fonction de dynamiser notre organisme.

La dissonance est un état motivationnel qui existe lorsqu’il y a contradiction entre 2 éléments proches. C’est par exemple le cas de la personne qui fume et qui court. L’affect négatif qui en découle pour l’individu va le motiver à rechercher une réduction de cette dissonance.

Les émotions auront un impact sur notre motivation : nos réussites et nos échecs auront une influence importante sur notre sentiment d’efficacité personnelle et donc sur notre confiance à pouvoir réaliser telle ou telle course.

Notre curiosité à faire quelque chose va aussi influer notre taux d’activation et d’attention dans la poursuite de cette activité.

L’intention est aussi un motif qui va expliquer l’action. Elle est a mettre en lien avec les comportements planifiés tels que pourrait être nos bon vieux plans d’entraînements. L’intention est le fruit de la volonté à réaliser quelque chose.

Le contrôle fait référence aux renforcements qui peuvent suivre une activité. Un coureur va augmenter ou poursuivre ses entraînements en fonction du degré d’attente et des récompenses (renforcements) qu’il pense avoir dans le futur (une médaille, un record, une émotion, une perte de poids…). On va aussi poursuivre une activité si on a un sentiment de contrôle, si on se sent responsable de ce que l’on fait.

Pour aller plus loin :

Valeurs de Schwartz

Buts Fischbach et Fergusen, Latham et Locke

Intérêt Deci et Ryan

Estime de soi Nicholls

Emotion Bandura

Théorie de l’élargissement constructif et émotions positives

Curiosité

Contrôle Pittman

Résignation apprise Seligman

Incitation : système de récompense et motivation

Théorie de l’autodétermination: motivation intrinsèque et extrinsèque Deci et Ryan

Théorie du Drive

Prédiction : rattaché au fait de pouvoir interroger l’avenir et de pouvoir envisager la réalisation de son projet. Si un individu ne se sent pas capable d’agir, il se résigne. Lorsque l’on s’entraîne, on doit pouvoir visualiser son résultat final (finir son premier marathon) mais aussi on doit pouvoir envisager la réalisation effective de cet objectif (les entraînements, les efforts à consentir, la durée…).

Pour aller plus loin:

But et projection dans l’avenir Seligman

Théorie d’expectation de résultat Vroom

Sentiment d’efficacité personnelle Bandura

Décision/choix : rattaché aux concepts qui expliquent comment on fait des choix, comment on prend une décision. On peut être motivé et ne jamais prendre de décision. La décision serait rattachée à des évaluations des coûts et bénéfices pour l’individu sous de multiples formes, en termes d’émotions, de plaisir, d’utilité… Lorsque l’on prend la décision de courir, on met fin à notre délibération mentale, notre incertitude et l’on se met en action. La décision met fin à l’état motivationnel et débute une entrée dans un état volitionnel (cf plus bas le concept de volition).

Hédonisme Weiner

Processus de décision

Engagement affectif Meyer et Allen

Stratégie : rattachée aux concepts qui expliquent les stratégies possibles, les moyens que l’on adopte face à une situation donnée. Intervient ici nos apprentissages, la mémoire, la complexité de l’activité. Dans l’entraînement sportif, ici seront pris en compte les méthodes d’entraînement, les méthodes d’apprentissage, nos capacités à mémoriser et apprendre des techniques, des gestes. Comment assimile-t-on les consignes de notre coach ? Comment passer de l’apprentissage à la performance ? Quelles sont nos stratégies préférentielles ? Comment gère-t-on les difficultés, le stress et l’anxiété lié à une performance ou à une contre-performance ?

Métacognition Flavell

Autorégulation Zimmerman

Impact des connaissances sur l’apprentissage Fenouillet

Coping

Comportement : rattaché aux comportements effectifs réalisés par les individus pour atteindre un résultat. Ils sont observables et rendent comptent de notre motivation qui elle ne l’est pas. Par contre notre motivation a une influence très importante sur eux, elle peut les déclencher, les orienter et les modifier en cours d’exécution.

Résultat : Les comportements ne sont pas à envisager sans penser aux résultats qui en découlent. Ces derniers sont à mettre en rapport avec les effets du résultat que vise l’individu, ainsi qu’aux résultats que l’individu va vouloir reproduire. Par exemple, si je participe à une course et que je bats mon record, je vais avoir envie de recommencer, cela va influer ma motivation et inversement si j’échoue.

Behaviorisme

Sens et comportement

Théorie du flux/flow de Chiiisjjkslmy

Un modèle organisé

Ces 7 ensembles conceptuels sont organisés selon des relations d’ordre temporel du motif primaire au résultat final. Sur cette base peut se dégager alors différentes catégories conceptuelles en lien les uns des autres : l’instinct, le besoin, l’estime de soi, la curiosité, les émotions, le contrôle, l’intention, l’intérêt, le but, la valeur…

Ces différentes catégories représentent un 2e niveau de compréhension après les 7 ensembles conceptuels.On peut aussi voir que ce modèle distingue 2 grosses étapes dans la motivation :

Une 1ère étape qui regroupe les motifs et la prédiction. Ce sont les motivations qui précèdent la prise de décision effective de l’individu. Cette étape s’intéresse aux motifs qui orientent notre comportement futur.

Une 2e étape qui s’appelle la volition, bien connu dans mon métier d’ergothérapeute, celle-ci s’intéresse à la motivation dans l’action, c’est-à-dire à ce qui fait que l’on agit et que l’on persiste dans ce comportement. Cette étape va de la décision au résultat.

Définition

La motivation humaine est donc un construit psychologique composé d’étapes, influencé par différents facteurs. Fabien Fenouillet propose donc une définition de la motivation qui intègrerait tous ces concepts :

Définition : La motivation désigne une hypothétique force intra-individuelle protéiforme, qui peut avoir des déterminants internes et/ou externes multiples, et qui permet d’expliquer la direction , le déclenchement, la persistance et l’intensité du comportement ou de l’action.

Illustration concrète du modèle

Pour illustrer concrètement ce modèle, je vais tenter d’adapter un exemple donné par F. Fenouillet pour qu’il nous parle plus en tant que coureur.

Imaginons la motivation de quelqu’un qui court. Notre coureur a un très fort besoin d’accomplissement (motif primaire) qui explique pourquoi dans toutes les situations de compétition il cherche toujours à battre ses partenaires d’entraînement. Ce besoin d’accomplissement le conduit (décision) à se fixer des buts (motifs secondaires) très difficiles car il estime pouvoir être en mesure de les atteindre (prédiction). Au début, malgré ses efforts (comportement), il n’atteint pas ses objectifs, c’est pourquoi il met en place des plans d’entraînements (stratégies) lui permettant d’optimiser ses séances et de mieux gérer son stress en compétition. En fonction de ses chronos (résultats), il améliore en permanence ses stratégies afin d’atteindre ses différents objectifs durant l’année (volition).

On peut imaginer que ce sportif fait preuve de curiosité pour comparer les différentes méthodes d’entraînement, qu’il persévère et n’abandonne pas ce qui renforce son estime de soi et lui confère des émotions positives. Il a un sentiment de contrôle sur ses séances, ses chronos… …

Bref, on se rend bien compte alors du spectre très large que peut englober le seul terme de « motivation ». Chaque facteur mis en jeu peut être déterminant dans ce processus qu’est la motivation. Voici maintenant la vidéo d’une conférence, donnée en 2013 par F. Fenouillet à l’Université de Lille, dans laquelle il présente les différents aspects de la motivation illustrés par des expériences. Cela sera sûrement encore plus parlant.

http://lille1tv.univ-lille1.fr/tags/video.aspx?id=3e1971e9-5451-4da6-8bcc-17bc46862891

Encore d’autres ressources:

Conférence: http://www.reseau-canope.fr/atelier-essonne/spip.php?article141

Site de Fabien Fenouillet: https://www.lesmotivations.net/

Articles: https://www.cairn.info/traite-de-psychologie-de-la-motivation–9782100515837-p-305.htm

https://www.cairn.info/revue-savoirs-2011-1-page-9.htm

Merci

Je remercie le travail développé par ce professeur. C’est un travail immense qu’il a accompli. Il me permet d’avoir une idée plus précise de ce que l’on peut entendre lorsque l’on parle de motivation.

Je n’ai pas encore tout digéré ! Mais je pense que ce travail va m’être très utile pour la poursuite de mon site. J’espère qu’il sera aussi très utile pour vous. On entend encore trop souvent sur les terrains de sport ou commentaires sportifs : « il n’est pas assez motivé … il n’y arrivera jamais … il n’est pas sérieux… on ne peut rien pour lui ». Mais de quoi parle-t-on vraiment ? En tant qu’entraîneur, quelle est notre part de responsabilité ? Ne pourrait-on pas agir sur quelque chose ? En tant qu’athlète, ne pourrait-on pas envisager un changement, un travail sur l’un des facteurs motivationnels ?

Si vous avez lu jusqu’ici, bravo ! Vous êtes déjà très motivé je trouve ! Bel effort. Cet article regorge de ressources, j’ai eu de la difficulté à le synthétiser. N’hésiter pas à le parcourir en plusieurs fois je pense. A bientôt.

 

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